ABC : Juin 1997

UNE LECON DE SECURITE ROUTIERE

Au début de ce mois, j'ai été invité à participer à une Table Ronde sur la sécurité des Transports individuels, organisée de façon d'ailleurs fort sympathique par les Responsables d'un circuit de pilotage.
En fait de "Table Ronde", il s'agissait plutôt d'une conférence à laquelle étaient conviées comme moi quelques personnes destinées à représenter un public censé être suspendu aux paroles provenant de l'estrade. Réussir à placer une parole dans ces conditions nécessitait une dose de patience infinie et une détermination confinant à de la paranoïa.
En effet, parmi les Conférenciers figurait l'inévitable Représentant de la Direction de la Sécurité Routière qui estimait détenir une vérité suffisamment absolue pour ne pas supporter la moindre intervention.
Il n'est pas inutile de rappeler ici que les individus appelés à faire partie de ce genre d'Organisme le sont au titre de l'évolution normale de leur carrière, mais n'ont pas à faire la preuve de la moindre qualité concernant les problèmes dont ils ont la charge.
En l'occurrence, personne ne leur a jamais demandé, avant qu'ils ne soient bombardés comme "Spécialistes" de sécurité routière, d'avoir démontré qu'ils étaient eux-mêmes capables d'assurer la sécurité de leurs Passagers ou des autres Usagers de la route. Dès leur promotion, ces gens, même s'ils ont multiplié les accidents et continuent éventuellement à le faire, sont habilités à vous expliquer comment il faut conduire. Je crois avoir fourni, dans "JE SUIS UN CHAUFFARD" suffisamment d'exemples (vécus) de cette aberration pour qu'il soit inutile d'y revenir d'avantage.

Donc, à un moment, ce grand Spécialiste nous expliquait, schéma à l'appui, que les accidents pouvaient avoir trois origines : les Conducteurs, les véhicules, les infrastructures. Suivait bien sûr l'énoncé des poncifs habituels concernant ces vilains Conducteurs.
Je fis donc remarquer qu'il avait oublié dans les causes citées, les Responsables de la réglementation ou de l'agencement des voies.
Remarque non avenue qui ne fut ponctuée que d'un haussement d'épaules.

Quand notre Professeur dut reprendre son souffle, j'en profitai (lâchement) pour prendre (enfin) la parole.
J'exposai alors que dans mon quartier totalement neuf donc agencé sans nécessité de respect de servitudes antérieures, on trouvait par exemple des passages pour piétons systématiquement placés au-delà des arrêts de bus et non avant eux, obligeant ainsi les piétons à traverser en étant masqués, donnant surtout à tous y compris aux plus Jeunes l'habitude de le faire, comme si cela n'avait pas la moindre importance, et ceci au mépris de toute réglementation. A un autre endroit, un passage pour piéton a été placé à la sortie d'une courbe parabolique dont la corde est garnie d'une haie très haute, très exactement à l'endroit ou personnellement j'aurais placé une barrière empêchant tout piéton de se trouver sur la chaussée etc..
Et je poussai la perfidie jusqu'à poser la question : "Quand on a un gamin de six ans qui revient de l'école par ce trajet, doit-on lui conseiller de surtout ne pas traverser dans les clous, sans être sûr qu'il saura ce faisant faire montre d'une attention suffisante, ou peut-on lui faire prendre l'habitude de traverser à un endroit masqué ?"
J'avoue ne pas avoir reçu de réponse digne d'être diffusée.
Je terminai mon intervention, conduite en ayant dû braver l'agacement non dissimulé de mon Interlocuteur, en précisant qu'il s'agissait d'un problème statistique, que personne ne pouvait dire qu'il y aurait ou non accident, grave ou non, aux endroits que je dénonçais, mais en affirmant que la répétition de ce genre d'inconséquences à quelques milliers d'exemplaires sur le territoire fabriquait obligatoirement un certain nombre de morts chaque année. (NB)

A la fin de son exposé, notre "Maître" nous parla de la grande avancée constituée par l'avènement du permis à points, se glorifiant d'avoir personnellement procédé à l'annulation d'un certain nombre de permis de conduire depuis cette victoire de la civilisation.
Et personne bien sûr pour lui demander s'il avait vérifié ou fait vérifier la dangerosité effective des personnes sanctionnées !
Quand on possède ainsi la Vérité (par fonction), pourquoi perdre son temps à contrôler ses propres manifestations de génie ?

Claude Vallier

Note : Lire la lettre de Septembre 1999 : "Mort de la petite Aurore"
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