ABC : Septembre 1997

ENFIN LA VERITE SUR LA MORT DE LA PRINCESSE DIANA

La Princesse Diana est morte, dans les conditions que l'on sait.
Je ne sais si l'événement est à la mesure de l'émotion qu'il a inspiré (pour ses proches évidemment oui !) mais le fait est là. Plus important que les résultats du tiercé. Plus grave encore que les buts ou les non-buts du PSG. C'est dire à quel point il est normal qu'il ait occulté toutes les famines ou autres guerres de la planète.
Alors il a fallu expliquer pourquoi. Et plus impératif encore, jeter quelques responsables en pâture à la foule. On a parlé de la vitesse. Dans tout accident, celle-ci est obligatoirement en cause. Non obligatoirement la cause.
Puis on a trouvé. Ces fameux paparazzi, fautifs à la mesure du mépris qu'ils inspirent. On n'a même pas parlé de bêtise. Vouloir semer des motos en ville était-il envisageable ? Et surtout nécessaire ? Car, contrairement à ce qu'on a voulu nous faire croire, ces Chasseurs d'images ne faisaient courir aucun risque, mortel ou non, à leurs victimes. (Et leurs Censeurs et autres Procureurs sont-ils tous bien certains de n'avoir qui une Fille, qui une Nièce, qui n'ait jamais acheté une des revues scélérates, partageant ainsi la responsabilité de l'homicide par impudence ?) Ici, il ne s'agissait somme toute que de tenter de chiper un ou deux clichés à la descente de voiture, donc sur la voie publique. Rien en tout cas qui méritait de prendre le risque de transformer une Princesse en Sainte, une Idole en Vierge martyre !

On aurait pu penser que la révélation du faible taux d'hémoglobine conservé dans l'alcool du Chauffeur serait opportunément venu soulager les Infâmes. Il n'en a rien été.
Il me semble donc opportun de rappeler que pour méprisables qu'ils soient, ces Journalistes d'un genre particulier, qui au passage ont déjà subi une garde à vue d'une durée qui n'est en général même pas infligée aux Criminels et autres Trafiquants, n'ont eu aucune action directe dans l'accident. Qu'ils ne sont non plus responsables ni de la crucifixion de Jésus, ni du trou de la Sécu, ni même de la dissolution de l'Assemblée. Leurs pratiques, si elles sont délictueuses, devraient donc pouvoir être condamnées comme elles le méritent sans qu'il soit pour cela nécessaire de se mettre à délirer collectivement. Tous les actes de la vie sont forcément induits par tous les événements qui les ont précédés, mais cela ne supprime pas obligatoirement tout libre arbitre, et en l'occurrence, l'aliénation de celui du Chauffeur avait à l'évidence d'autres causes.

Tout ceci pour dire qu'à l' ABC, nous prétendons être responsables de nos actes et de nos comportements. Personne ne nous fera prendre un risque que nous ne souhaiterions pas prendre, tenter une manoeuvre que nous ne serions pas capables de contrôler. Et inversement, nous verrions mal pourquoi on nous imposerait une façon d'agir particulière dès lors que celle que nous adoptons spontanément ne peut causer de tort à personne.
Toujours ce fameux problème du contrat de résultat que nous nous imposons en lieu et place du contrat de moyen inefficace auquel on voudrait nous astreindre.

Pour revenir à l'événement dont nous nous sommes servi comme support de cette lettre, il me semble qu'après quelques semaines d'hystérie, il faille enfin que quelqu'un offre à la population les éléments qu'elle attend, anxieuse de se faire une opinion : ni Voltaire ni Rousseau ne sont pour quoi que ce soit dans le drame ; sans épiloguer ici sur la nature de la faute commise, Diana et ses compagnons sont morts tout simplement parce qu'un Conducteur imbibé a tenté une manoeuvre qu'il ne pouvait maîtriser. Et ceci en toute impunité, jusqu'à l'issue fatale. Rappelons que les possibilités qu'ont certains Individus de ne pas se plier aux réglementations (qu'elles concernent la circulation ou tout autre domaine) sont totalement indépendantes de leur potentiel de nuisance (ici la dangerosité). Ce qui ne manque pas de faire frémir l'Usager que je suis souvent, plus encore le Motard que je suis parfois.

Claude Vallier


NOTE de septembre 1999 : Après deux ans d'une enquête qui a coûté des millions, les Juges ayant à juger les "paparazzi" viennent de rendre une décision en tout point conforme à l'opinion spontanément formulée plus haut, quelques jours après les faits.
En cliquant sur votre choix, vous pouvez :