Depuis 30 ans que je tente de répandre mes théories sur la sécurité, sur la manière de conduire, sur celle dont il faudrait à mon avis traiter les problèmes de la route, à l'évidence j'ai tort !
Tous me l'ont dit, directement ou par leur silence. De vive voix ou par leur refus de tenter la moindre expérience, refus d'accepter de considérer les chiffres et les résultats sans a priori.
Tort quand il y a 30 ans je tentais d'expliquer que les accidents, même bénins, n'étaient que la preuve d'une erreur à laquelle le hasard, cette fois clément, aurait pu fournir des conséquences gravissimes ; qu'à l'inverse, l'absence prolongée d'accident était la preuve d'une grande attention, d'un grand respect des autres. J'ai d'ailleurs encore été récemment traité d'idiot à ce sujet par un Ponte de la Prévention Routière.
Pourtant combien se sont blessés, combien ont tué quelqu'un, parmi tous ces Contradicteurs qui ont su résister à mes arguments suspects grâce à la grande force de leur conviction ?
Tandis que malgré l'erreur dans laquelle à l'évidence je me vautre j'attends toujours depuis ce temps, sans impatience il est vrai, de leur donner raison !
Tort quand je suggérais à un Interlocuteur proche des milieux de la compétition que les règlements qui régissent cette dernière étaient responsables de bien des déboires et de leur prolongement logique sur la route. M'étonnant par exemple que depuis une dizaine d'année on permette que le résultat du championnat du monde de la Formule 1 se détermine une fois sur deux par l'élimination physique d'un Prétendant au profit de celui qui l'avait sorti de la piste.
Celui-ci m'avait carrément traité de barjot !
Pourtant, outre la mort (entre autres) d' Ayrton Senna, survenue depuis mes prises de position à ce sujet, on a pu admirer les exploits récents d'un Schumacher, Idole des Jeunes et Exemple pour tous les Conducteurs, heurtant délibérément Villeneuve au GP du Portugal pour tenter de s'aproprier le titre, en éclairant au passage la manière dont il avait "gagné" sa couronne en 1995 contre Damon Hill ! (NB 1)
Tort quand j'affirmais à un Responsable de la Sécurité routière, exemples pris dans ma commune à l'appui (voir la Lettre du mois de juin), que les personnes qui édictaient les règlements ou présidaient à l'agencement des voies avaient leur part de responsabilité dans le massacre. Je rappelle que j'avais terminé mon intervention en exprimant ma conviction que, si personne ne pouvait prévoir à quel endroit exact et à quel moment une catastrophe se produirait, la multiplication sur le territoire des conditions que je dénonçais "fabriquait" obligatoirement un certain nombre de morts chaque année. Je n'avais ce jour-là réussi à induire qu'un haussement d'épaule traduisant l'agacement de quelqu'un qui lui, "savait".
(à qui surtout avait été conféré le pouvoir d'affirmer qu'il savait et surtout que lui seul savait).
Quatre mois plus tard, presque jour pour jour, deux enfants se sont fait écraser à un arrêt de bus par un autre bus justement sur le territoire de ma commune, c'est-à-dire exactement là où j'avais pris mes exemples.
L'un est mort, l'autre devra vivre sans ses jambes.
Il est des cas où l'on regrette d'avoir raison, si vite, si complètement !
Peu importe l'endroit précis ou les circonstances exactes : comme il est usuel dans ces cas, la relation des faits diffère du tout au tout selon le témoin interrogé ; les uns accablant le chauffeur du car, les autres dénonçant les infrastructures, certains évoquant l'indiscipline des enfants (vous savez ce "droit" de se faire écraser qui leur est inculqué en guise d'éducation routière et que je dénonce dans L'ART DE BIEN CONDUIRE : "Sécurité indirecte").
Il n'est pas dans mon propos de prendre parti dans ce partage artificiel de responsabilités mais bien d'affirmer, au risque d'encore me faire honnir, que ces vies ont été brisées du fait de l'incompétence et de l'inconséquence des personnes ayant la charge des problèmes en cause. (NB 2)
Là encore, on ne m'avait pas envoyé dire que je n'avais rien compris à rien !
Non seulement dans l'erreur mais têtu par surcroît, il m'arrive pourtant de me demander si ce ne sont pas au contraire mes Censeurs qui seraient incapables de revenir sur leurs a priori à la lumière de la réalité !
Pardon encore d'oser penser cela !
Claude Vallier
NB 1 : Novembre 1998 : Capirossi est sacré Champion du Monde Moto en catégorie 250 cm3 à l'issue du dernier GP alors qu'il a percuté délibérément Harada à qui il vole le titre. Toutes ces exactions ont été accomplies avec la complicité des Commissaires : aveugles dans un cas, sévissant quand ça ne peut avoir d'effet dans un autre, intervenant ici a minima c'est-à-dire en prenant bien garde de ne pas modifier le résultat usurpé)
NB 2 : Septembre 1999 : On pourra lire la lettre de ce mois, qui relate la mort de la petite Aurore, 5 ans, à un arrêt de bus. C'est au moins la quatrième victime de la commune en 2 ans dans les mêmes circonstances que je dénonçais il y a déjà tant d'années !