A l'issue du premier Conseil des Ministres de ce mois, on m'a rapporté une déclaration de notre Ministre des Transports qui très curieusement, semble avoir été totalement occultée par la majeure partie des Observateurs concernés. Ou en tout cas avoir été très insuffisamment commentée.
Il nous semble, à l'Association Bien Conduire, qu'il était de notre devoir de réparer cette lacune, tant nous est apparue l'importance de cette déclaration.
La voici donc, rapportée aussi fidèlement qu'il nous était possible de le faire :
" Mes chers Administrés,
J'ai décidé de m'attaquer avec le plus grand sérieux au problème de l'insécurité sur la route.
En premier lieu, j'ai l'intention d'instaurer la lutte contre les conducteurs dangereux. Ce qui suppose évidemment de les identifier. J'ai donc donné des instructions pour que soit étudiée l'efficacité de la répression nécessaire : je me suis aperçu avec stupéfaction que l'on ne s'était jamais préoccupé de savoir si les conducteurs sanctionnés avait fait montre d'une dangerosité particulière, avant ou après leur sanction, et que cette inconséquence inouïe conduit à laisser sur la route de véritables dangers publics, tandis que l'on ne cesse de sanctionner gravement des conducteurs qui n'ont jamais représenté le moindre danger pour leurs concitoyens !
Pour évaluer l'efficacité des différentes mesures adoptées, je vais d'ailleurs faire reprendre les études menées à l'époque de l'instauration des premières grandes décisions prises au nom de la sécurité routière, aux alentours de l'année 1970, ce qui ne semble pas avoir été fait à l'époque avec le sérieux nécessaire. Et à ce propos, je m'engage dorénavant à faire connaitre la vérité quant au résultat des études effectuées, quelle que soit cette vérité, aussi dérangeante soit-elle.
J'ai également l'intention de faire sélectionner, pour faire partie des Services de la Sécurité Routière, des personnes ayant fait la preuve de leur compréhension des problèmes de la route.
Et pour commencer de la sécurité qu'elles sont susceptibles d'apporter à leurs passagers et aux autres usagers par leur absence d'accident. Je suis en train de faire étudier les possibilités juridiques d'appliquer les mêmes principes d'habilitation aux personnes qui siègent dans les Tribunaux de Police. Pour éviter que des personnes honnêtes ne soient jugées pour des intentions de vol supposées par des personnes elles-mêmes malhonnêtes ! Pardon, je veux dire pour éviter de faire condamner des conducteurs n'ayant jamais causé de tort à personne, pour des prises de risques seulement supposées, par des personnes ayant éventuellement multiplié les accidents.
J'ai fait modifier le programme de la formation des conducteurs.
En sus de l'apprentissage du code et des techniques de conduite proprement dite, celui-ci comprendra maintenant l'explication des risques engendrés par la multiplication d'accidents et le devoir d'acceptation de sa propre responsabilité par chaque conducteur impliqué ...
Je ne peux terminer sans évoquer ce ballon d'essai que je m'étais amusé à lancer pour étudier les réactions actuelles du peuple français face à l'infamie : je veux évidemment parler de cette obligation de délation, non de conducteurs dangereux, ayant causé une nuisance effective, mais de conducteurs ayant simplement refusé de souscrire au dogme imposé.
Qui a pu croire sérieusement que je souhaiterais attacher mon nom à une pratique aux relents d' "Aveu" de Costa Gavras, dont le principe nous aurait renvoyé aux heures les plus noires d'un passé encore malheureusement trop proche ? Je me permettrai seulement de rappeler que le Parti auquel j'appartiens a donné beaucoup pour sortir notre pays de ces errances. J'avoue d'ailleurs avoir été stupéfait du peu de remous engendré par ce soi-disant "projet" pour le moins surprenant !
..... "
J'étais tellement abasourdi que j'en ai oublié de prêter attention à la suite : un Ministre se disant prêt à étudier les problèmes dont il a la charge avant de décider n'importe quoi, et c'est à nous que ça arrive, après plus de vingt-cinq années d'incompréhension, d'inefficacité et de brimades iniques !
Quand tout-à-coup je fus envahi par un horrible doute : quelle était donc la date exacte du premier mercredi de ce mois ?
Eh oui ! Nous devrons encore et encore attendre un autre Ministre.
D'ici là, "morituri te salutant" (sans parler des boucs émissaires victimes de la répression).
Claude Vallier