Dans quelques jours vous allez faire voter la loi à laquelle votre nom restera attaché à jamais.
Ne parlons pas ici des "principes" mis en oeuvre : nous aurons mille fois l'occasion d'y revenir.
Ce qui nous sidère, à l'Association Bien Conduire, c'est l'apparence de votre sincérité quand vous affirmez devoir diviser par deux le nombre des victimes grâce aux moyens que vous vous apprêtez à faire employer !
Comment n'avez-vous pas eu l'idée préalable de vous renseigner sur les précédents ? Pourquoi ne pas avoir étudié les résultats d'expériences antérieures. Comment surtout n'êtes-vous pas frappé par la similitude de votre situation avec celle d'un de vos prédécesseurs qui avait affirmé qu'il allait faire économiser 5000 vies dès la première année de l'application de mesures du même type, avant que son échec total ne l'oblige à reconnaître qu'il était complètement passé à côté du problème ? Est-ce que la dimension humaine de l'enjeu n'aurait pas justifié de vous mettre au courant avant d'adopter n'importe quelles mesures dont l'inéluctable inefficacité a déjà été largement démontrée ? Vous devez pourtant comprendre que de simples forfanteries, basées sur des erreurs de diagnostic, ne pourront en aucun cas modifier les chiffres de la réalité !
Et vous avez déjà un aperçu des résultats que vous allez obtenir. N'avez-vous pas fait instituer au Printemps une contravention très aggravée pour des contrevenants au dogme dont on ne recherchera toujours pas (rien n'est prévu) la dangerosité ou son absence ? Tandis que l'effet d'annonce de vos décisions ont déjà donné leur pleine mesure.
Or, même s'ils ne sont pas encore officiels, vous avez déjà une idée assez précise des résultats de l'année qui s'achève !
Permettez-moi une simple question : quand on a obtenu des résultats nuls en un an et demi, combien faut-il de temps pour obtenir des résultats faramineux en s'obstinant à employer les mêmes méthodes ? Ah, pardon, j'oubliais : la prison pour un pour cent des opposants (qu'ils soient dangereux ou non) et l'obligation de délation (également d'une proportion infime de conducteurs : seule l'adoption du principe devant faire date !) vont tout changer !
Je veux croire, ce qui est déjà très grave, que vous avez été manipulé par les conseillers d'un roi nu. Mais combien vous faudra-t-il de temps pour vous en apercevoir ?
Sans la moindre illusion cette fois, je réitère la demande d'audience auprès de vous que j'avais déjà formulée par l'intermédiaire d'un de vos conseillers au début de votre règne. A défaut d'accepter ma requête, il me semble que vous devriez relire cette lettre chaque fois que vous recevrez la preuve chiffrée de l'inefficacité des mesures assénées (bien sûr vous aurez jeté depuis longtemps ma missive mais elle restera consultable sur notre Site internet).
Quelle sera alors votre attitude ? Comment justifierez-vous l'absolue discordance entre l'adoption de mesures aussi contraires à tous les principes de nos démocraties occidentales et la dimension totalement dérisoire des résultats qu'elles auront induits ?
Comme certains de vos Homologues par le passé ? En "interprétant" les statistiques, en "sélectionnant" les chiffres livrés à l'opinion, en attribuant à votre grand mérite les minimes résultats peut-être obtenus par des mesures accessoires ?
Ou en rejetant l'opprobre de l'échec sur ces vilains conducteurs ?
Je me refuse à croire que, doté du pouvoir lié à votre fonction, votre ambition se résume à attacher votre nom à l'importation dans notre pays de mesures qui devraient tous nous faire rougir.
De plus, "historiquement parlant", comment n'êtes vous pas frappé par le fait que des procédés que nous appellerons pudiquement "d'exception", n'ont jamais été mis en oeuvre que pour l'accomplissement de menées qui se sont tôt ou tard mais dans tous les cas révélées injustifiées et de ce fait méprisables. Il ne peut y avoir d'exemple inverse car quand les façons d'agir sont légitimes, elles s'imposent à l'aide de moyens honorables !
A moins qu'à un moment quelconque vous ne soyez brutalement atteint par la grâce et ne décidiez enfin de vous informer réellement. Le futur Saül Paul, grand pêcheur, n'a-t-il pas rencontré Dieu sur la route de Damas ? (Mais c'était en plein soleil de midi, et ni vous ni moi n'étions présent pour le vérifier !)
Quel temps vous restera-t-il alors ? Un an et demi déjà de perdu, la même durée sans doute pour vous apercevoir de l'indigence des mesures qui vous ont été suggérées, plusieurs mois pour faire une étude enfin utilisable, un bon semestre voire une année pour faire un test sur une Région (il serait impensable de reproduire ce qui a toujours été fait en ce domaine : l'adoption de mesures de nature affective sans s'être donné la peine d'en avoir vérifié le bien-fondé...)
Même en cas de nouveau succès de votre majorité, l'heure aura sans doute alors sonné pour vous d'aller exercer vos talents à l'Agriculture ou aux PTT...
Et quand bien même cela ne serait pas, ne craindriez-vous pas de vous trouver à ce moment dans la situation de ces Responsables contraints à une inefficacité future pour ne pas avoir à faire la démonstration de leur incompétence passée ?
C'est donc à vous qu'il appartient, tandis qu'il en est encore temps, ou de perpétuer les résultats que vous avez obtenus (?!) depuis un an et demi, ou de vous occuper de sécurité routière et non de faire régresser notre démocratie.
Il est d'usage, Monsieur le Ministre, de vous assurer, avant de conclure, de l'expression de ma Haute Considération. C'est bien volontiers que je souscris à ce rite. Mais ne redoutez-vous pas, le jour où vous aurez cessé d'être Ministre, que la Considération résiduelle qui vous sera effectivement dévolue ne soit fonction que de vos résultats et des moyens mis en oeuvre pour les obtenir ?
Très respectueusement,
Claude Vallier