Mais ce n'est pas tout. Avec la même apparence de bonne foi, Monsieur Gayssot nous déclare qu'il va donner des consignes pour que plus personne n'échappe aux lois concernant la vitesse.
Et là, ou bien il se moque carrément de nous, ou bien sa naïveté est réellement incommensurable ! D'autres y avaient bien sûr pensé avant lui (je me souviens par exemple d'une déclaration "en direct" de Georges Sarre à la télévision, à l'occasion d'une opération nommée "drapeau blanc", il y a une dizaine d'années), mais ont soigneusement veillé à ce que cette injustice perdure. Car c'est justement le fait qu'environ un tiers des gens échappent à la loi qui a permis l'instauration d'un consensus en faveur d'une réglementation qui n'a cessé de démontrer son absence d'efficacité : presque tout le monde, avec une honnêteté fort discutable, est pour les limitations de vitesse pourvu qu'elles ne concernent que les autres (cela a même été une composante de l'élaboration de ce genre de texte ; mais ceci n'est pas le sujet du jour). Et comme un autre tiers de la population a vu sa conviction élaborée par des statistiques honteusement manipulées, le (mauvais) tour était joué.
Si cela pouvait être, le fait que tous aient à subir le même racket serait ce qui pourrait nous arriver de mieux. On verrait alors surgir comme par enchantement l'initiation d'études sérieuses, la divulgation de statistiques honnêtes, la mise en place d'un contrôle de l'efficacité donc de la justification de la répression, avec à la clé la recherche puis l'adoption de mesures enfin efficaces et justes, bref l'avènement de tout ce que je réclame depuis des décennies.
Malheureusement ne rêvons pas. Le Monsieur qui claironne qu'il veut instituer la sécurité sur la route et qui laisse son chauffeur, en sa présence (sur son ordre ?) brûler les feux rouges sans prendre la peine de s'assurer que la voie est libre (relire la Lettre de novembre 1998) n'est pas homme à supprimer les passe-droits.
On serait plutôt ici dans le cadre de ce que l'on nomme dans certains pays (lointains !) une Nomenklatura ...
Ceci dit, l'absolue méconnaissance du sujet dont il a fait montre jusqu'à présent est peut-être paradoxalement ce qui peut un jour nous sauver.
J'ai souvent écrit que le problème serait résolu le jour où un Ministre posséderait à la fois la qualité nécessaire pour comprendre les problèmes de sécurité et l'honnêteté suffisante pour reconnaître qu'il s'est jusque-là trompé.
Je ne sais si ces conditions seront jamais réunies.
Mais lorsque Monsieur Gayssot se trouvera confronté aux résultats (!) qu'il aura obtenus, que ses affirmations fantaisistes résonneront encore à toutes les oreilles, et qu'il portera le fardeau de lois totalement contraires aux principes de nos démocraties occidentales, bien sûr le mal sera fait (on n'a jamais annulé en ce domaine une loi inutile ou nuisible) mais il faudra bien alors, par nécessité, qu'il trouve des solutions. Il reste donc à ce moment possible que, furieux d'avoir été trompé par un entourage qui lui aura valu le ridicule et l'opprobre, il décide, enfin, de mettre les bouchées doubles pour rattraper le temps qu'il aura perdu (en sera-t-il alors à 3 ans, 3 ans et demi de règne ? plus peut-être ? Ce qui pourra aussi se compter en nombre de morts !).
Rappelons en effet qu'après avoir multiplié fanfaronnades et déclarations fracassantes notre actuel Geronsar a vu son ambition se réduire à tenter de retrouver le nombre de morts annuels que l'on constatait quand il a pris ses fonctions.
Ce qui serait tout simplement risible si cette réalité ne recouvrait tant de drames.
Claude Vallier