ABC Juin 1999 : La loi Gayssot est adoptée

ENCORE UN EFFORT, MONSIEUR LE MINISTRE..

Ca y est. Le nom de Gayssot est immortalisé par l'adoption de sa fameuse loi. Sans doute sa méconnaissance absolue du problème, son côté "méridional" ayant induit de tonitruants "Avec moi, vous allez voir ce que vous allez voir" en faisaient-il la cible idéale de manipulateurs qui attendaient leur heure depuis si longtemps. Il a malheureusement fallu que le premier qui possède ces caractéristiques ait puisé son inspiration d'une idéologie qui a engendré tant de catastrophes dans le monde ! Véritables cataclysmes (dépouillement, prison) devant s'abattre sur des personnes dont on ne daignera pas vérifier, rechercher même, la nuisance ; délation de simples délits de "non respect du dogme" rendue obligatoire de fait ...
On voit là tout le côté pervers de ces majorités dites "plurielles" (entendez "artificielles"). Les groupes minoritaires, lorsqu'ils sont trop dissidents, ne pouvant de ce fait imposer leur modèle économique, en sont réduits à importer leur idéologie.

Il est de plus "amusant" de rappeler que de toutes les pénalités, l'amende est la plus injuste puisqu'elle touche pareillement le smicard et le milliardaire (on a vu - lettre d'Août 97, de Février 99 - ce qu'il fallait penser de la "personnalisation des peines"), avec des conséquences sans commune mesure. Que des amendes pharaoniques soient instituées par un Ministre se targuant d'appartenir à un parti de "progrès social" n'est sans doute qu'un détail de cette histoire. ("détail" : mot immortalisé au cours d'un récent fait divers de politique-spectacle).

Etant données les informations que l'on peut recevoir de certains pays étrangers, étant donné le souvenir encore cuisant d'une époque particulièrement noire de notre propre histoire, je pense qu'il serait capital et urgent d'inscrire une fois pour toutes dans notre Constitution la proscription de ces pratiques infâmes. Ce qui éviterait par la même occasion à nos Juges suprêmes, nommés pour être les gardiens de cette Constitution, la tentation de les entériner ! En attendant cette hypothétique manifestation de civilisation, le fond de ma pensée est qu'il serait de saine gestion de notre démocratie que les Elus susceptibles de voter un texte de cette nature soient déclarés inéligibles à vie. On peut toujours rêver ...

En ce qui me concerne, d'après la définition officielle, il n'y a aucun doute : je suis un chauffard. Qui conduis depuis un peu moins de 40 ans sans le plus petit accident. Je m'étais naïvement imaginé que ma très grande attention, mon absolu respect des autres, ma correction extrème, étaient les causes de cette sûreté. Mais de très grands spécialistes de la Sécurité Routière m'ont expliqué que seule la chance avait préservé les autres de moi (la chance pendant un million et demi de km !). Certains ont même ajouté que je devais m'attendre à rattraper le nombre moyen d'accidents que chaque conducteur a normalement pendant le même laps de temps. Bigre ! Tandis que de mon côté, je pense qu'il y a des gens qui ont bien de la chance d'avoir des postes à responsabilité (responsabilité ... enfin .., on appelle çà comme çà !) en possédant si peu de jugeote.

Je suis officiellement un chauffard car je me suis aperçu qu'au cours de pratiquement tous mes déplacements je commettais à un moment ou à un autre le crime de Très Grande Vitesse (ce qui ne m'empêche pas de démontrer en toute occasion depuis 40 ans que je suis à 30 km/h quand je dois être au ralenti, à 0 km/h quand il est nécessaire d'être arrêté).

Il y a pire : je n'ai pas l'intention de modifier mon comportement. C'est justement pendant l'année où je l'avais fait, ayant trop besoin de mon permis de conduire, que j'avais failli être l'objet d'un accident très grave. Bien sûr, l'assurance et la loi auraient jugé mon adversaire entièrement responsable, mais je sais qu'une concentration supérieure, celle dont je fais montre habituellement, m'aurait permis de déceler bien plus tôt le piège tendu. De plus, j'ai beau me creuser la cervelle, je n'arrive pas à comprendre l'intérêt qu'il y aurait à contraindre les conducteurs qui n'ont jamais d'accident à modifier leur comportement tandis qu'on laisse sur la route des gens qui multiplient les sinistres pour peu que la chance (dans ce cas, oui !) ait voulu qu'ils n'aient encore tué personne.

Je vais donc aller en prison. Obligatoirement. J'espère que ce sera le plus vite possible car, quand je n'aurai plus de permis, je n'ai pas dans mon entourage de conducteur de rechange offrant la même sécurité que moi : en temps que passager, j'ai déjà subi une petite dizaine d'accidents (dont l'un au moins aurait dû être mortel) pour un kilomètrage plus de vingt fois plus faible que celui parcouru sans la moindre anicroche en conduisant. Je vous écris donc pour demander par votre intermédiaire aux personnes qui comprennent ma situation de bien vouloir mettre de côté quelques oranges pour moi : depuis que j'ai vu "l' Aveu" de Costa Gavras, j'ai très peur de ces cachots où l'on enferme des gens simplement parce qu'ils possèdent des opinions différentes.

Dans une des lettres de liaison de l'Association de "chauffards" dans mon genre que j'anime, j'ai un jour écrit :
"..il est des pays où ce sont les gens honnêtes qui sont en prison. Sans aller jusque là, on peut affirmer que sur nos routes, ce sont indifféremment les honnêtes gens ou les voyous qui sont pourchassés."
Encore un petit effort, Monsieur le Ministre, vous êtes sur la bonne voie !

Claude Vallier


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