ABC : Avril 2003

Les POISSONS de l'ANNEE

A l'occasion de ce nouveau premier avril, je vais vous rapporter trois histoires qui auraient largement mérité d'être des poissons. Seule la malchance à laquelle nous semblons être condamnés sur la route a rendu bien réelles ces anecdotes qui seraient risibles si leurs conséquences n'étaient pas si tragiques.

Le mardi premier avril, Nicolas Sarkosy, flanqué de sa consoeur Ministre des Armées, se rend aux obsèques d'un gendarme de la brigade d'Arles, "victime" comme on dit quand cela concerne une personne "autorisée" (les autres s'en rendent coupables) d'un accident de la circulation. Ce qui sera pour lui l'occasion de se faire valoir en prononçant un nouveau discours incendiaire à propos des délinquants de la route et (sur ce dernier point nous sommes en accord) des fauteurs d'accident.
Manque de chance (?) un motard de son escorte du jour, à son tour "victime" d'un accident, se retrouve dans le coma. Pourrait-on savoir à quelle allure se déplaçait le cortège ?
On se souvient que lorsque le même Ministre s'était fait surprendre aux environs de 200 km/h il y a quelques mois, il avait rationalisé son infraction en arguant du fait qu'il roulait dans des conditions sécurisées, sa route étant ouverte par des motards. Personne n'avait alors imaginé qu'il avait parlé de sa seule sécurité à lui, bien au chaud dans sa voiture peut-être même blindée (encore qu'une certaine princesse ...). Mais quel mépris cela suppose à l'égard de la vie des autres !
Car soyons clairs et appelons les choses par leur nom : indépendamment du scandale d'user de son pouvoir pour ne pas respecter les règlements que l'on édicte soi-même et que l'on fait appliquer aux autres, être persuadé qu'un comportement (en l'occurence ne pas respecter une vitesse réglementairement déterminée) est une sorte de crime (qui ne mérite même pas que l'on ait réellement le droit de s'en défendre, contrairement aux autres crimes) et se permettre de le faire en toute occasion relève d'une intention criminelle. Tout simplement.
Intention parfaitement authentifiée par les conditions accidentogènes de la transgression commise. (On pourra d'ailleurs à ce propos relire la lettre de novembre 1998 qui relate les exploits d'un autre Monsieur sécurité ou encore celle, plus intemporelle, d' août 2000.)

La veille, lundi 31 mars, j'ai été témoin d'un accident survenu sur un boulevard parisien. Une automobiliste apercevant une place de stationnement sur la gauche de l'artère sur laquelle elle circulait, freina très brutalement et traversa la chaussée sans prêter la moindre attention à la circulation qui l'entourait. Ce faisant elle accidenta un motocycliste qui était à son côté.
Pour la petite histoire, après avoir tenté d'être de mauvaise foi, ce dont elle fut heureusement empêchée par plusieurs témoins de la scène, elle n'aura jamais la moindre parole de regret (ne parlons même pas d'excuse !) et laissera partir sa victime dans le camion des pompiers sans même daigner s'encquérir de son état.
A priori, le motocycliste s'en tirera avec un pied cassé : sauf malchance insigne et complications, il ne "bénéficiera" donc pas d'un arrêt-maladie de plus d'un mois.
Le permis de conduire de la conductrice entièrement fautive et responsable de l'accident ne sera donc pas écorné d'un seul tout petit point.

Remontons encore un jour dans le temps.
Dimanche matin, sur une route nationale à 150 km de Paris, dans des conditions de circulations idéales (route sèche à deux voies de circulation dans notre sens, visibilité parfaite, circulation très peu dense), nous sommes arrêtés, les deux conducteurs qui me précèdent et moi-même, à la suite d'un contrôle de vitesse effectué à un endroit "stratégique". Si j'ai eu plus de chance qu'eux (ai-je été gêné au moment du contrôle, ou ma voiture était-elle masquée ?) les deux autres conducteurs se sont vu suspendre leur permis sur le champ (132 ou 133 km/h pour 90 arbitrairement autorisés) pour un temps indéterminé, sans parler de la promesse d'un lourde amende et du fait que leur permis se trouvera largement écorné.

Autrement dit, pour les personnes en charge des problèmes de la route et qui se targuent d'y instaurer la sécurité, il est infiniment plus grave de ne pas respecter les dogmes qu'ils édictent (et ne respectent pas eux-mêmes) que d'envoyer à l'hôpital un autre usager sur une faute inadmissible. Et ceci n'est pas un poisson !

Pourquoi donc y en a-t-il si peu pour me croire quand je clame que ces gens sont des guignols !

Claude Vallier (ex fan de Sarkosy)


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