Le lundi 27 octobre dernier, tous les Ministres concernés se déplacent pour aller inaugurer les nouveaux radars automatiques installés pour qu'ils soient opérationnels dès le week-end suivant, celui de la Toussaint.
Rappelons le "principe" de leur fonctionnement : pas la moindre tolérance quelles que soient les circonstances vis-à-vis d'une vitesse fixée "a priori", condamnation immédiate et automatique pratiquement sans possibilité de défense du propriétaire du véhicule quel que soit le conducteur de celui-ci.
Il faut rappeler à ce sujet qu'il s'agit pourtant en principe de condamner un comportement, non une simple possession, et que les authentiques criminels disposent, eux, d'un droit à défense qui figure expressément dans la constitution.
D'autre part, il convient de garder en mémoire que l'actuel Ministre de l'Intérieur, principal instigateur de ce système, a une formation d'avocat, avant d'avoir été un homme politique et que le Délégué à la sécurité routière est lui-même magistrat.
Ces données permettent en effet de mieux apprécier et le "principe" de ces condamnations, et ce qui va suivre.
Sur la route qui mène à leurs nouveaux exploits et à leurs nouvelles déclarations, des journalistes ont eu l'idée de se poster, munis d'un radar que s'est procuré leur journal, juste pour voir comment se comportent nos censeurs.
Comme on peut s'en douter, tous nos Ministres, comme à chaque fois que la chose a pu être vérifiée, ont affiché un mépris absolu pour la loi qu'ils s'organisent pour faire appliquer de la manière la plus rigide et la plus absolue, ne manquant jamais une occasion pour justifier les plus graves entorse aux principes qui avant eux régissaient nos démocraties par des considérations d'ordre moral. Tous en effet se sont fait surprendre à des vitesses dépassant d'environ 30 km/h la vitesse autorisée
(Cette péripétie est rapportée dans le numéro du 11 novembre 2003 de l'hebdomadaire Auto Plus)
Une fois de plus, Nicolas Sarkosy justifiera son infraction par des conditions qui auraient été sécurisées par la présence de motards.
Ce qui est doublement faux.
D'abord ce n'était pas le cas de tous : le Ministre des Transports, Gilles de Robien, auteur au même endroit de la même infraction, n'était lui accompagné d'aucun ange gardien.
Mais surtout, en fait de sécurisation, on se souvient des exploits du cortège formé par la voiture du Ministre de l'Intérieur tout aussi entourée de motards dont l'un s'était retrouvé dans le coma à la suite d'un accident (lettre d'avril 2003). On voit d'ailleurs nettement sur la photo prise par les journalistes que le convoi évolue dans la circulation, à la merci d'une voiture qui déboîterait brutalement ou qui ferait une faute quelconque, se trouvant par exemple surprise par le véhicule officiel.
On peut rapprocher ce comportement point par point de celui de Jean-Claude Gayssot (que l'on croyait devoir être de triste mémoire mais que l'on va finir par regretter) qui, quelques temps après avoir renversé et blessé un scooteriste (lettre de novembre 98) s'était fait surprendre par les mêmes journalistes usant du même mépris absolu des règles du code et des limitations de vitesse (lettre de janvier 2001).
J'ai (malheureusement) eu maintes fois l'occasion de dire ce qu'il fallait penser, sur un plan strictement moral, de ces gens qui, bien qu'impliqués dans des accidents graves, continuent à mépriser en toutes circonstances les règles de bonne conduite qu'ils prétendent imposer.
Par exemple en avril j'écrivais : "Appelons les choses par leur nom : indépendamment du scandale d'user de son pouvoir pour ne pas respecter les règlements que l'on édicte soi-même et que l'on fait appliquer aux autres, être persuadé qu'un comportement est une sorte de crime et se permettre de le faire en toute occasion relève d'une intention criminelle. Tout simplement." J'ajoutais même : "Intention parfaitement authentifiée par les conditions accidentogènes de la transgression commise."
Etant données les déclarations fracassantes de ces personnes, on peut par surcroît parler d'absence totale de pudeur et surtout de fabuleuse hypocrisie.
Mais au-delà de leur manque d'honnêteté, les propos du Ministre de l'Intérieur sont très intéressants : ils signifient tout simplement qu'il admet que l'on pourrait s'affranchir du règlement lorsque la sécurité est assurée. Ce qui est d'ailleurs peu différent de ce qui m'a valu tant de déboires (lettre de mars 2003).
En réalité, que l'on ne s'y trompe surtout pas : ce passe-droit n'est destiné qu'à lui-même ou à ses amis, comme le Délégué à la sécurité routière, ex-Procureur requérant sans faiblesse contre les infractionnistes et surpris dans les mêmes conditions de mépris de la loi.
De vrais Messieurs T0PLA en quelque sorte (le deuxième signe est un zéro. T0PLA signifie : Tolérance Zéro Pour Les Autres).
Gilles de Robien pour sa part, a tout simplement reconnu l'infraction, ce qui pourrait sembler plus honnête. A moins qu'il n'ait tout simplement pas su quoi dire, totalement dépassé par son sujet comme il semble l'être depuis le début de son mandat, répétant parfois des phrases dont il a l'air de ne pas comprendre le sens (comme "la sécurité routière, c'est l'affaire de tous" par exemple).
Une anecdote amusante à propos du Ministre des Transports : il porte les mêmes nom et prénom qu'un honnête député qui, en son temps, avait saisi le Conseil Constitutionnel pour tenter de s'opposer aux lois Gayssot, soupçonnées à juste titre de porter atteinte aux droits de l'homme. Quant à ces pauvres droits, on comprend mieux maintenant le mépris affiché à leur encontre par le Ministre de l'Intérieur traitant publiquement leurs tenants du sobriquet péjoratif et moqueur de "droits-de-l'hommistes".
La sécurité routière, nous l'aurons quand ces gens, après le couplet habituel "l'insécurité routière est inadmissible" (ce qui au passage est absolument mon avis) enchaîneront en disant :
"Ce sont les gens comme nous qui sont responsables de cette insécurité,
nous qui baffouons sans cesse les règles du code (ou qui laissons nos chauffeurs le faire) et plus encore celles de la morale, et qui de ce fait sommes à l'occasion à l'origine d'accidents éventuellement graves,
nous qui utilisons des formules dont nous ne cherchons même pas à comprendre le sens,
qui confions des problèmes aux implications humaines aussi graves à des personnes qui se sont toujours trompées,
nous qui laissons ces mêmes personnes manipuler l'opinion publique afin de faire passer des mesures aussi injustes qu'inefficaces,
qui refusons de faire faire la moindre étude sur l'efficacité des-dites mesures, ou même simplement de nous mettre réellement au courant du problème que nous prétendons traiter,
nous qui en un mot obéissons à des considérations exclusivement électoralistes dans un domaine ou il serait capital d'agir avec honnêteté et efficacité."
Ce jour-là, on aura fait un grand pas en direction de cette sécurité dont on parle tant. Mais ne vous réjouissez pas : nous ne sommes pas encore à la veille de ce jour béni. Et il semble même que l'on s'en éloigne chaque jour un peu plus.
Je vous souhaite néanmoins une bonne route. Prenez garde à vous.
Claude Vallier, citoyen écoeuré.